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La dépression

Déprime ou dépression : ne pas confondre

Pourrait-il s'agir d'une dépression ?

Voilà une question diffice à poser. A se poser ? On est fatigué, on n'éprouve plus de plaisir, on est triste... mais pas triste comme d'habitude, non, ça n'a rien à voir avec un "coup de déprime"... On se sent coupé de tout et c'est tellement plus douloureux...

Si vous vous posez la question (à propos de vous-même ou d'un de vos proches) ou si simplement vous voulez en savoir plus sur cette maladie, lisez ce chapitre.

Vous y apprendrez que la dépression est une maladie qui peut prendre plusieurs formes et toucher chacun d'entre nous.

Vous y apprendrez également quels sont les principaux symptômes de cette maladie.

Parce qu'apprendre à repérer ces symptômes (chez soi ou chez un proche), c'est un premier pas pour agir contre la maladie.

La dépression,
ce n'est pas un "mal-être" existentiel, ni un "coup de déprime"

Le fait de se sentir triste, d'être "déprimé", d'avoir des "idées noires" ou des difficultés à dormir ne veut pas forcément dire que l'on souffre de dépression. Les moments de cafard, de "blues", de doute ou de questionnement font partie de la vie. Au fil du temps et des évènements, chacun de nous expérimente toute une gamme de sentiments, du plus triste au plus optimiste. A l'intérieur de cette large palette d'émotions, la tristesse, le découragement et le desespoir représentent des expériences humaines normales. Ces variations et ces baisses de l'humeur ne doivent pas être confondues avec ce qu'éprouve une personne dépressive.

Pour pouvoir parler de dépression et donc de maladie il faut :

flèche verte que ces perturbations de l'humeur soient multiples et bien caractérisées ;

flèche verte qu'elles se manifestent de façon (quasi) permanante pendant une période supérieure à deux semaines ;

flèche verte qu'elles entraînent une gêne importante dans un ou plusieurs domaines de la vie quotidienne (difficulté ou incapacité de se lever, d'aller à son travail, de sortir faire ses courses...)



La dépression est une maladie qui peut toucher chacun d'entre nous (quels que soient son âge, son sexe, son niveau social...). Contrairement à certaines idées reçues, elle ne relève ni d'une "fatalité", ni d'une faiblesse de caractère. La volonté seule ne suffit pas pour en sortir, notamment parce que la maladie provoque un sentiment de dévalorisation de soi et des pensées négatives.







Forme physique : se sentir à bout

Fatigue :

Même sans avoir fait d'efforts particuliers, la personne éprouve en permanance une sensation de manque d'énergie. Cette sensation omniprésente vient s'ajouter au découragement et à la douleur physique et morale. Une des caractéristiques de cette fatigue dépressive est que ni le repos ni le sommeil ne l'atténuent.

Ralentissement général :

La dépression ralentit tous les gestes : il faut donc plus de temps pour accomplir les tâches habituelles. On n'a pas la force. Les émotions, les pensées et les actions sont comme "engluées" par la maladie. Les mouvements du visage sont diminués, il en ressort une impression d'inexpressivité qui peut laisser croire à de l'indifférence. La parole est lente, traînante. La personne a le sentiment de ne plus être capable de réagir. Certaines fonctions du corps, comme la digestion, sont également ralenties.

Vie affective : être à plat

Tristesse intense :

Dans la dépression, la tristesse est particulièrement douloureuse, incompréhensible et envahissante, souvent accompagnée de pleurs sans motif et d'un sentiment de désespoir.

Incapacité à éprouver du plaisir :

Chez les personnes souffrant de dépression, les petits plaisirs de la vie (écouter de la musique, voir ses amis, lire son journal...) disparaissent. Tout paraît égal, terne, sans intérêt. La vie a perdu tout sens, tout goût, toute couleur.

Hypersensibilité émotionnelle :

Les personnes souffrant de dépression réagissent avec une grande sensibilité aux situations de la vie quotidienne (comme s'il manquait un "espace d'amortissement" entre elles et leur environnement). En même temps, elles peuvent avoir l'impression d'être vides, de ne plus éprouver d'émotions. C'est comme si elles étaient à la fois "anesthésiées" et hypersensibles.

Impressions d'abandon, d'inutilité, de solitude :

Ces impressions cohabitent avec le sentiment de ne pas être aimé des autres, de n'avoir rien à dire qui puisse les intéresser.

Anxiété :

Les troubles anxieux et la dépression renvoient à deux maladies différentes (voir encadré ci-contre). Néanmoins, l'anxiété est un symptôme fréquent en cas de dépression. Cette peur sans cause évidente s'exprime aussi bien dans le corps ("boule" dans la gorge, gêne pour respirer, douleurs diverses, notamment dans le ventre) que dans la tête (peur "flottante", ruminations, sentiment de catastrophe imminente).





Fonctionnement intellectuel : voir tout en noir

Ralentissement intellectuel :

En cas de dépression, il devient difficile de réfléchir, de trouver les mots, de parler avec fluidité. On a l'impression d'avoir la tête vide, que le monde est devenu trop compliqué, qu'on ne saura pas s'y adapter, y faire face. Il faut faire un effort très important pour accomplir des tâches qui, jusqu'alors, s'effectuaient naturellement, sans y penser.

Diminution de l'attention, de la concentration et de la mémoire :

Fixer son attention, ne pas se laisser distraire, retenir ce qu'on vient de lire... ces tâches deviennent très difficiles à accomplir lorsque l'on souffre de dépression.

Dévalorisation de soi et culpabilité :

La personne qui souffre de dépression ne se sent bonne à rien ; elle se pense sans valeur ; elle s'accuse d'être responsable des évènements pénibles qu'elle vit et des émotions désagréables qu'elle ressent. Cette impression lui paraît tellement définitive qu'il lui est difficile de demander de l'aide et de croire qu'un traitement peut changer quelque chose.

Pensées négatives :

La personne analyse les évènements de sa vie et les opinions des autres sous un angle systématiquement négatif. Ce pessimisme permanant retentit sur les proches et peut les décourager.

Pensées autour de la mort (la sienne, celle de ses proches ou la mort en général) :

Liées au sentiment d'inutilité et à la perte de plaisir déjà décrits, ces idées noires sont en fait "fabriquées" par la dépression et disparaissent à la guérison de la maladie. Les idées de suicide méritent dans tous les cas d'être signalées à un professionnel de santé (voir encadré ci-contre).





Mécanismes du corps : tout se dérègle

Dégradation du sommeil :

Le sommeil est souvent mauvais, moins profond, très court et peu réparateur. Le petit matin est souvent marqué par un réveil précoce, avec impossibilité de se rendormir et une grande souffrance morale. Dans d'autres cas, le sommeil est en excès ; on parle de "sommeil refuge", comme si celui-ci correspondait à un besoin de "fuir". Mais ce trop-plein de sommeil est insatisfaisant et plutôt abrutissant.

Altération de l'appétit :

L'appétit est le plus souvent diminué (les aliments semblent sans goût, l'assiette paraît trop remplie). La préparation des repas devient une corvée, leurs horaires se font irréguliers, leur composition déséquilibrée. La perte de poids est souvent un signe important pour établir un diagnostic de dépression. A l'inverse, on observe parfois une augmentation de la prise d'aliments (surtout sucrés) pouvant conduire à une prise de poids.

Problèmes sexuels :

La sexualité est une fonction à la fois très biologique et très relationnelle. Ces deux dimensions étant très perturbées dans la dépression, il est logique que la vie sexuelle soit affectée. Le désir sexuelle de la personne peut disparaître, son plaisir s'estomper. La réalisation de l'acte sexuel devient alors difficile. En conséquence, le conjoint a parfois l'impression d'être délaissé, ce qui accentue la tension dans la vie de couple.

Symptômes physiques :

La dépression peut s'accompagner de douleurs (maux de tête, souffrances dans les articulations, problèmes digestifs...) et de dérèglements de certains indicateurs ou fonctions du corps (tension artérielle, perturbation ou interruption des règles...).

La dépression, c'est une maladie qui entraîne souffrances et gênes

Nous pouvons avoir l'impression de connaître cette maladie sans pour autant en avoir jamais été atteint. L'explication est simple : parmi la large gamme d'émotions et de sensations que nous éprouvons au cours de notre vie, certaines sont très douloureuses. Nous en concluons très hâtivement qu'être dépressif consiste à ressentir plus fortement et plus longtemps de telles souffrances. Et cela nous incite à croire que nous pouvons facilement comprendre ce que vit une personne souffrant de dépression.

Mais la réalité est différente. En effet, avant leur entrée dans cette maladie, les personnes souffrant de dépression ressentaient elles aussi un large éventails d'émotions, agréables ou douloureuses. Or toutes ces personnes disent que leur état au cours de la dépression est très différent de tout ce qu'elles pouvaient avoir connu auparavant.

Les émotions qu'elles éprouvent, les idées qui les traversent sont impregnées d'une souffrance morale permanante, plus insupportable que toute autre souffrance déjà endurée. Autre différence avec les émotions habituelles de la vie, les personnes ont l'impression d'être coupées de leur entourage.

L'état dépressif se caractérise par un changement profond (une véritable rupture) par rapport au fonctionnement habituel. Trois éléments principaux sont typiques de cet état :

flèche verte Une tristesse inhabituelle, différente d'après les personnes qui souffrent de dépression de la tristesse normale (cette tristesse est particulièrement intense, elle n'est pas "directement" reliée à une cause, rien ne l'apaise, elle se mêle d'angoisse et d'un sentiment de "fatalité") ;

flèche verte Une perte d'intérêt et de plaisir qui touche tous les domaines de la vie ;

flèche verte Une association de plusieurs symptômes durables qui entravent douloureusement la vie quotidienne.

La dépression en chiffre

La dépression est l'une des maladies psychiques les plus répandues. Selon une enquête réalisée en 2005 par l'Inpes :
- 8% des Français de 15 à 75 ans (soit près de 3 millions de personnes) ont vécu une dépression au cours des douze mois précédant l'enquête ;
- 19% des Français de 15 à 75 ans (soit près de 8 millions de personnes) ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie.
La dépression est une maladie qui semble toucher davantage les femmes : environ deux fois plus de femmes sont diagnostiquées comme souffrant de dépression.

Les symptômes de la dépression

La dépression entraîne un "ralentissement" dans tous les registres de la vie quotidienne : vie affective, fonctionnement intellectuel, forme physique, mécanismes vitaux et corporels.

Ce "ralentissement" se décline en multiples symptômes qui persistent pendant une longue durée (au-delà de quinze jours). La liste ci-dessous peut vous aider à repérer certains de ces symptômes, sachant qu'une même personne ne peut pas les ressentir tous.

Anxiété, troubles anxieux, dépression : à bien distinguer !

L'anxiété est une émotion proche de la peur, qui existe chez tout être humain. Elle correspond à une nécessité permanante de s'adapter aux problèmes de la vie (anxiété dite "adaptative") et aux interrogations que chaque individu porte sur le monde (anxiété dite "existentielle"). Ces deux formes d'anxiété sont humaines. L'anxiété peut cependant devenir une maladie qui associe différents symptômes (psychologiques, physiques, comportementaux) et entraîne une souffrance et une gêne importantes dans la vie quotidienne.

On parle alors de troubles anxieux. Ce terme regroupe l'ensemble des troubles mentaux dans lesquels existent des peurs irrationnelles et invalidantes (c'est-à-dire sources de gênes).
Ces peurs peuvent être :
- Des phobies : peurs déclenchées par des objets ou des situations inoffensifs et extérieurs à la personne (par exemple, la phobie de la foule ou de l'ascenseur);
- Des obsessions : peurs issues des idées de la personne, dont elle mesure pourtant elle-même le caractère absurde (par exemple, l'obsession des microbes ou de la saleté, du parfait alignement des tableaux sur un mur, de la vérification incessante de la fermeture des robinets...) ;
- la panique : peur extrême, qui "jaillit" brutalement, sans facteur extérieur déclenchant, avec parfois l'impression que la mort est proche ;
- l'anxiété généralisée : elle correspond à un souci permanent, excessif et invalidant.

La dépression et les troubles anxieux sont deux maladies psychiques différentes, même si elles peuvent avoir des symptômes similaires (comme la difficulté à dormir, à s'alimenter et à réfléchir) et si certains signes d'anxiété peuvent être présents en cas de dépression. Cette distinction est particulièrement importante à faire dans la mesure où les traitements médicamenteux et psychologiques peuvent différer.





Dépression et risque de suicide

La dépression est la première cause de suicide : près de 70% des personnes qui décèdent par suicide souffraient d'une dépression, le plus souvent non diagnostiquée ou non traitée.

Les idées de suicide sont fréquentes dans la dépression (elles font d'ailleurs partie des symptômes de la maladie), elles méritent dans tous les cas d'être signalées à un professionnel de santé afin d'en parler et de les désamorcer.

Il est important de savoir que :
- Les personnes suicidaires ne veulent pas nécessairement mourir mais souhaitent plutôt mettre fin à une souffrance devenue insupportable ;
- L'immense majorité des personnes en proie à des idées de suicide ne feront pas de tentative ;

La crise suicidaire est une période critique, marquée par un envahissement des émotions, par de grandes difficultés pour se concentrer, par le sentiment profond d'avoir tout essayé et que rien ne marche pour être soulagé. Le vécu d'impuissance est majeur. Cette crise suit souvent un processus qui comporte plusieurs "stades" ou "paliers" : la personne a d'abord des "flashs" (visions brèves qui donnent l'impression de devenir fou), puis des idées de suicide plus ou moins fréquentes et intenses contre lesquelles elle va lutter mais qui peuvent éventuellement l'envahir ; elle risque alors de passer aux stades de l'intention (prise de décision), de la planification (recherche du moyen, du lieu, des circonstances et du moment) et de la mise en oeuvre de son suicide.

Ce processus n'est cependant jamais inéluctable, il peut être arrêté à tout moment. C'est pourquoi, répétons-le, il est primordial d'en parler à un professionnel de santé. Il est possible de se rendre à toute heure du jour ou de la nuit aux urgences de l'hôpital le plus proche, dans un Centre d'accueil et de crise ou encore d'appeler un centre d'appel spécialisé.





Les conséquences de ces symptômes dépressif sur le fonctionnement quotidien de la personne sont considérables. Toutes les relations sont affectés : au sein du couple et de la famille, avec les amis, dans le milieu professionnel.

Pourtant, même si les symptômes sont bien présents, la personne qui souffre de dépression a souvent du mal à les repérer. Le principal obstacle à leur repérage réside dans la difficulté à juger par soi-même de son état psychologique. Une autre raison tient au fait de considérer ces symptômes comme normaux, en les attribuant à une difficulté momentanée de la vie. L'évaluation par un professionnel de santé est donc indispensable. Si vous vous posez des questions, si vous pensez avoir repéré plusieurs de ces symptômes, chez vous ou chez un de vos proches, la liste des questions peut vous aider à faire plus précisément le point avant d'aller consulter un médecin.





Adresses et numéros utiles

contact

Des associations peuvent vous guider :

Association France-Dépression : Association française contre la dépression et la maladie maniacodépressive (loi 1901), soutient les personnes dépressives et leur entourage : groupes de parole, permanance téléphonique, conférences, activités conviviales... Ses membres sont des personnes confrontées à la maladie : patients, parents, amis ou professionnels de la santé (médecins, psychologues, assistantes sociales, infirmiers...).

Plusieurs associations régionales existent, renseignez-vous sur le site web : www.france-depression.org

l'Unafam (Union nationale des amis et familles de malades psychiques) : les bénévoles de 97 sections départementales accueillent, soutiennent les familles et défendent leurs droits. L'Unafam organise des formations afin d'aider les proches confrontés à la maladie psychique. Des réunions, groupes de parole, conférences-débats, congrès ainsi qu'une revue et des brochures, participent également à cette mission de formation et d'information à laquelle des spécialistes, psychiatres, psychologues, juristes et assistantes sociales apportent leur concours.

Les coordonnées des sections départementales sont disponibles au 01 53 06 30 43 et sur le site web : www.unafam.org

La FNAPSY (Fédération Nationale des Associations d'usagers en PSYchiatrie) : La FNAPSY regroupe 70 associations membres et les représente auprès des instances concernées. Elle facilite le développement et l'entraide des associations et aide à leur création. La FNAPSY remplit également une mission d'information vers le grand public.
Vous trouverez notamment sur leur site les contacts d'associations partout en france : www.fnapsy.org


Pour obtenir de l'aide, discuter, avoir l'écoute de quelqu'un :

S.O.S amitié : S.O.S amitié offre, à tout ceux qui choisissent d'appeler, la possibilité de mettre des mots sur leur souffrance et, ainsi, de prendre le recul nécessaire pour retrouver le goût de vivre.
Vous trouverez le numéro de votre région sur le site internet : www.sos-amitie.com ou au 01 40 09 15 22. Le site offre aussi un service d'écoute web (anonymat, confidentialité et non-directivité).

Suicide écoute : 01 45 39 40 00 (prix d'un appel local) : accueil et écoute des personnes confrontées au suicide, 24h/24, 7j/7.
www.suicide.ecoute.free.fr

S.O.S Suicide Phénix : Numéro national 0825 120 364 (15ct/min) : accueil et écoute des personnes confrontées au suicide, 7j/7 de 16h à 20h. Numéro régional île-de-France : 01 40 44 46 45 (prix d'un appel local)
www.sos-suicide-phenix.org

Ecoute-famille : 01 42 63 03 03 (prix d'un appel local) : cette ligne d'écoute créée par l'Unafam est destinée aux familles ayant un proche en souffrance psychique. Des psychologues conseillent et orientent les familles.


Plus spécifiquement pour les enfants et les adolescents, n'hésitez pas à contacter :

Fil Santé Jeunes : 0800 235 236 (appel anonyme et gratuit depuis un poste fixe) : écoute, information et orientation des jeunes dans les domaines de la santé physique, psychologique et sociale. Ouvert 7j/7 de 8h à minuit.
www.filsantejeunes.com : informations, questions-réponses individualisées, forums, chats dans les domaines de la santé physique, psychologique et sociale des jeunes.

Phare Enfants-Parents : 0810 810 987 (prix d'un appel local depuis un poste fixe) : écoute des parents et des enfants en difficulté, prévention du mal-être et de l'auto-destruction des jeunes, du lundi au vendredi de 9h30 à 18h.
Site d'information et d'orientation contribuant à combattre le mal-être des jeunes : www.phare.org



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